Et puis, tout à coup, un choc du train m’a fait heurter ma poitrine, du côté où est l’invisible mal. Je me suis souvenue…
Et pour fuir la hantise ravivée, j’ai sauté hors de ma couchette ; et, activement, je me suis appliquée à réparer de mon mieux les traces de cette nuit d’insomnie. L’eau froide m’a été bienfaisante ; a ramené une onde presque rose sur la peau pâlie, effacé un peu le cerne des yeux. Mes cheveux lissés, tordus sous ma toque soigneusement remise, mon voile ombrant le tout, j’ai constaté que je pourrais affronter le regard de mon ami… s’il me faisait cette surprise de venir m’accueillir à la descente du train, quoique je me sois bien gardée de lui indiquer l’heure de mon arrivée.
Mais mon stupide cœur, trop sensible à toutes les nuances, voudrait qu’il se fût informé et qu’il fût là.
Est-ce ridicule, s’il n’y est pas, une bouffée de froid, je le sens, me gèlera un instant ? Je sais si bien qu’il me trouverait, moi, l’attendant.
2 septembre, 4 heures.
Il y était.
Quand tout à coup, dans la foule des visages tendus vers les assistants, j’ai aperçu sa tête brune, des larmes de plaisir me sont montées aux yeux. Je suis si nerveuse en ce moment !
Malgré la cohue, tout de suite, il avait découvert ma personne menue.
J’ai surpris dans ses yeux un éclair qui m’a fait tressaillir toute. Sa main m’a saisie et attirée hors de la foule, et j’ai attendu les mots dont j’avais soif :
— Ma chérie, ma chérie, ma précieuse petite… Enfin vous voilà !… Mon amour, c’est exquis de vous retrouver !