Oui, c’était exquis… Même au milieu de ces étrangers, même dans ce vilain décor, banal et bruyant ! Vraiment, quelques secondes, nous avons été aussi seuls qu’à la Maloja, devant les montagnes géantes…
Heureusement pour « ma considération » j’ai repris conscience, — grâce au passage d’un chariot de malles ! — que Céline, ma camériste, m’attendait à quelques pas, discrète et curieuse, flanquée de mon sac de voyage.
Bien vite, j’ai pris, pour tantôt, rendez-vous avec mon ami, afin que nous dînions ensemble. Et je l’ai congédié sagement. D’autant que, tout de même, j’avais peur de n’être pas très bonne à voir…
Aussi, revenue dans mon gîte, ravie de me sentir at home, je me suis jetée sur mon lit, derrière mes persiennes closes.
Et, cette fois, vaincue par la fatigue, les nerfs détendus par la joie de l’avoir revu, j’ai dormi plusieurs heures, de ce sommeil sans rêve qui est un baume.
Quand, à la fin de l’après-midi, je vais sortir de chez moi, rafraîchie par le bain, reposée par la longue sieste, habillée avec un soin… d’amoureuse, je serai plus tranquille que ce matin pour rencontrer les yeux de mon ami…
3 septembre.
Peut-être le jour qui commence me tient en réserve une épreuve nouvelle, — à trois heures et demie, j’ai rendez-vous avec le docteur… Mais, du moins, hier m’a donné une soirée de rêve.
Je l’ai retrouvé, lui, à l’extrémité du Cours-la-Reine, comme nous l’avions convenu. Et une auto nous a emportés, d’une allure de vol, vers le petit pays peu fréquenté, sur le bord de la Seine, où nous avions chance de n’être importunés par aucune fâcheuse rencontre. C’était un peu fou, tout de même… mais tant pis… C’était si bon !…
Comme là-bas, à Saint-Moritz, l’inoubliable jour, le couchant était d’or empourpré. Mais sa lumière ne ruisselait plus sur la montagne. Elle errait sur nos douces plaines de l’Ile-de-France, sur l’ondulation paisible de ses collines que voilait la brume, sur l’eau couleur de jade.