Et puis surtout, c’était lui près de moi, si follement heureux, que tout ce qui n’était pas son amour, scrupules, inquiétudes, terreur de demain, tout s’est évanoui de mon cerveau… Pleinement, j’ai voulu jouir de mon trésor… Peut-être pour le dernier soir…

Il faisait nuit, quand nous avons pensé à venir croquer le dîner commandé. Ainsi qu’à la Maloja, nous étions seuls, sur une petite terrasse où la brise détachait des feuilles jaunies qui tombaient avec un bruit de soie froissée. Mon ami s’est excusé de l’insuffisance possible de la cuisine. Je me rappelle que je me suis mise à rire de ses craintes.

Je suis si peu gourmande !… Et puis, je ne pensais guère à ce qu’il voulait me faire grignoter… Nous avions tant à dire, depuis quinze jours que nous étions séparés…

Et, tellement j’étais prise par le sortilège de l’heure présente que, sans effort, j’oubliais mon mal et son départ si prochain…

Après le dîner, un moment, nous avons marché le long du fleuve. Puis nous avons pris une route qui montait entre les arbres, vers le haut du coteau. Mon bras était glissé sous le sien et nous avancions lentement, très lentement… De me sentir ainsi toute seule dans la nuit avec lui, la notion du réel m’échappait ! J’allais, bercée par les noms qu’il aime à donner : « Viva chérie… Petite mienne adorée… Mon amour »…

La route a tourné. Nous étions en haut de la côte. Un souffle plus frais a frôlé ma figure. A nos pieds, dans le creux de la vallée, le sombre ruban de l’eau fuyait, veiné par des sillons de clarté.

Et par delà, c’était la plaine, les silhouettes d’arbres, le lointain confus des bois sous un immense ciel, paisible infiniment.

Vague, le souvenir m’a effleurée de la Maloja éblouissante dans la splendeur de midi. N’était-ce pas meilleur, cette ombre qui nous rapprochait plus encore ?

J’étais serrée contre lui, ma tête sur sa poitrine ; ses baisers caressaient mes cheveux, mes paupières, mais aussi ils brûlaient ma bouche qui s’entr’ouvrait, devenue avide :

Tout bas, son visage penché sur le mien, je l’ai entendu me murmurer :