— Viva, mon amour, je voudrais t’avoir toute à moi…

Haletante, je suis restée silencieuse. Une bizarre image surgissait soudain en mon cerveau, montée de quelle mystérieuse profondeur ? Robert, là-bas, au delà de l’Océan… La Danaïde entre ses bras, comme moi dans ceux de Jacques… Cette femme et moi, toutes deux, nous appartenons, de fait ou de désir, à l’homme qui nous est cher. Et je la jugeais de si haut…

— Viva j’ai faim de toi !…

Quelle prière dans l’accent, d’ordinaire si ferme !… Cette voix basse, brisée, où le désir jette éperdument son appel, je la reconnaissais… Jadis, tant de fois, je l’ai entendue… et écoutée.

Est-ce pour cela qu’en cette minute quelque chose en moi a dit « Non »… Quelque chose me retenait qui m’a fait murmurer :

— Oh ! pas maintenant !… Pas encore, bien-aimé.

J’ai senti se desserrer l’étreinte qui m’enveloppait ; et la voix sourde a dit :

— Alors, chérie, ne me tentez pas ainsi !… Je vous aime trop pour être sûr de ma sagesse…

Mais je ne voulais pas m’éloigner de lui… J’étais si bien dans ses bras, blottie dans son amour. Et, à mon tour, j’ai supplié :

— Jacques, ne me repoussez pas !… Je suis tellement à vous, mon ami chéri… Votre petite chose… Ce soir, laissez-moi être seulement votre enfant… Gardez-moi entre vos bras.