L’étreinte a recommencé forte, douce, tendre. Mes prunelles, alors ont cherché, à travers la nuit, les siennes qui me contemplaient avec le regard que toute mon âme appelait… Mes lèvres tremblantes ont murmuré passionnément :

— Je vous adore, Jacques, mon Jacques !

Des secondes… — ou des minutes… — ont coulé, d’une mortelle douceur. Immobile sur sa poitrine, son bras serrant mes épaules, sa bouche sur mon visage, je sentais, insouciante, monter la vague formidable où sombre toute conscience des êtres, des devoirs, des lois, des choses… Lointaine, pareille à une lueur qui s’éteint, errait à peine encore dans mon souvenir, la pensée que le flot allait m’emporter et je m’abandonnais ainsi… Mais je n’avais plus la force de tenter même l’ébauche d’un mouvement pour échapper…

Quel sursaut suprême de ma volonté qui défaillait m’a tout à coup violemment arrachée de ses bras ?… Comment ?… Pourquoi ?… Je ne sais pas… Mais vite, vite, je me suis enfuie, descendant la route.

J’ai entendu son appel frémissant :

— Viva ! Viva ! Pourquoi partez-vous ?

Je ne me suis pas arrêtée…

Seulement, en quelques minutes, il m’avait rejointe. Ses mains ont saisi mes poignets d’un geste de maître, vif à me les briser.

— Oh ! Viva, Viva, pourquoi vous enfuir ainsi ?… Me croyez-vous un voleur, qui prendrait de force ce qu’on lui refuse ?…

Ses yeux étincelaient. Une révolte indignée martelait ses paroles.