Je l’ai regardée avec toute mon âme :

— J’avais peur de nous, mon bien-aimé !… Je ne veux pas être votre maîtresse… Je ne veux pas ! Oh ! je ne veux pas !…

Sa main a cessé d’être rude sur mes poignets. Il a répété tout bas :

— Non, je ne vous aurais pas prise malgré vous, mon amour… Mais devant la tentation, vous dites vrai, qui peut être sûr de sa volonté… Je me croyais très fort… Et je suis aussi faible que le premier venu… Bien-aimée, pardonnez-moi !

Et de nouveau, j’ai dit :

— Je vous adore, Jacques… C’est pour cela que je me suis enfuie…

Il a caché son visage dans mes mains. Peut-être alors, il a senti qu’elles brûlaient, tant il les avait serrées. Il a relevé la tête, une ondée de sang sur sa figure pâlie.

— Je vous ai blessée, chérie. Quelle brute j’ai été !… Venez, allons vite retrouver le monde, qui nous gardera contre nous-mêmes… Ah ! je vous aime trop !…

Nous sommes redescendus sans un mot de plus, jusqu’au petit hôtel où la voiture attendait. Et elle nous a ramenés à travers la belle nuit divinement calme, qui apaisait notre fièvre. Oh ! le cher retour, où, même en nos silences, nous étions unis comme jamais davantage nous ne pourrons l’être de cœur…; ma main si étroitement dans la sienne que je sentais le rythme du sang dans ses artères.

Avant d’arriver au Cours-la-Reine, il m’a quittée, avec ce souci de ma réputation dont je riais, jadis, insouciante de l’opinion du monde et que je recueille maintenant comme une délicate preuve de son amour.