Il m’avait demandé de lui donner encore mon après-midi tantôt… J’ai prétexté beaucoup de courses à faire, puisque demain je pars pour l’Hersandrie, où père m’attend. Il est convenu qu’il viendra me dire adieu à l’heure du thé.
A cette heure-là, je saurai si je dois, ou non, m’inquiéter de l’avenir pour ma fragile petite guenille. J’aurai vu le docteur. En rentrant, hier soir, grisée des heures que je venais de passer, j’ai trouvé la lettre qui me fixait l’heure du rendez-vous. Ç’a été le brutal réveil !…
Mon Dieu, je voudrais tant que cet homme me donnât la certitude que je n’ai rien qui puisse m’inquiéter !…
Et pourquoi non ?… Pourquoi cette folle crainte qui me hante ?…
3 septembre, 9 heures du soir.
Comme hier, la nuit est d’une merveilleuse sérénité.
Comme hier, je suis une femme aimée, une femme qui aime…
Pourtant, j’ai l’affreuse sensation de me mouvoir dans un cauchemar !…
Je l’ai vu ce docteur ; et ce qu’il n’a pas consenti à me révéler, je le devine à son silence même ; et j’en suis écrasée !
A trois heures et demie, comme il était convenu, j’entrais dans le salon où je devais attendre quelques minutes. Pour fuir l’anxiété qui me crispait les nerfs, je me suis appliquée à l’examen de cette pièce étrangère. Elle était souriante sous ses tentures d’été, des voiles de Gênes qui recouvraient les panneaux. Sur la cheminée, une nymphe de marbre avait un joli corps très jeune ; et à ses pieds, un peu plus loin, un cadre enserrait un portrait de femme, un portrait de parade, aigrette dans les cheveux, épaules nues, visage quelconque.