Qu’ai-je encore remarqué en ces instants où tout mon esprit se tendait vers les choses extérieures ?… Un exquis pastel d’enfant que soutenait un chevalet, sur le piano à queue… Le coloris chaud des glaïeuls qui dressaient leurs tiges sur une table chargée de journaux et de revues. Quelques fils brisés dans le filet du coussin où s’appuyait ma main. Les rayures du store que gonflait la brise brûlante.
Mais, brusquement, j’ai cessé mon étude machinale. Devant moi, une porte venait de s’ouvrir. Sous la portière soulevée, apparaissait mon juge. Il avait une longue figure froide, des yeux très clairs qui devaient impitoyablement démêler la vérité. Leur regard donnait une sensation d’acier et a éveillé en moi un mouvement rétractile.
Cependant, je me suis levée et j’ai fait quelques pas vers lui, tandis qu’il me saluait, demandant :
— Madame Doraines ?…
— Oui, docteur, c’est moi.
J’ai eu l’intuition d’une surprise en lui, parce que j’étais seule… C’est vrai, en pareille circonstance, rarement une femme vient seule ! Elle a d’ordinaire, pour l’accompagner, un mari, une mère ou quelque amie. Je n’y avais pas même songé, habituée maintenant à ne compter que sur moi.
Sans une parole, d’ailleurs, il a écarté la portière, s’effaçant pour me laisser passer ; et je suis entrée dans son cabinet, austère surtout au sortir du salon, si gai dans le décor des voiles de Gênes.
Pourtant, dans ce cabinet, la lumière entrait largement, les stores relevés.
Il m’a indiqué un fauteuil. Ses yeux ont questionné.
Alors, un peu vite d’abord, j’ai dit ce qui m’amenait ; et j’entendais ma voix très ferme, à peine assourdie par l’angoisse qui m’étreignait le cœur.