Autour de moi, un cercle de douleur se serrait. Me livrer à une opération ! Perdre les dernières semaines où il va être là !… Pendant ces semaines, n’être plus qu’une misérable malade !… Cela m’est apparu monstrueusement impossible…
Ah ! si notre rêve ne doit demeurer qu’un rêve, au moins qu’aucune laide image ne vienne le troubler !
Et tout haut, j’ai articulé, presque agressive, je le sentais :
— Je ne puis m’occuper de ma santé avant un mois d’ici.
Les sourcils se sont un peu contractés, et j’ai vu flamber un éclair dans le regard d’acier. Cette homme ne doit pas être habitué à entendre discuter ses jugements. Presque rude, il a riposté :
— Alors, pourquoi êtes-vous venue me consulter aujourd’hui ?
— Parce que… je le confie à votre discrétion professionnelle… de votre arrêt dépend pour moi une grave question d’avenir, une très grave. Selon que vous m’assurerez, ou non, la guérison, j’agirai dans un sens ou dans un autre. Et c’est pourquoi je vous demande de me dire, en toute conscience, la vérité qu’il faut que je connaisse. Je crois que je suis prête à l’accepter…
Je m’arrête une seconde… Puis je continue :
— D’abord, je désire savoir ceci : ce que j’ai, est-ce sûrement et simplement un « bobo », comme vous dites… Ou bien, suis-je atteinte d’une façon sérieuse ?
Encore un silence que je perçois par tout mon être. Je sens à n’en pouvoir douter que cet homme hésite sur ce qu’il va me dire. Mes yeux doivent l’interroger avec une autorité impérieuse.