— Mais vous ne tenez pas, j’imagine, à l’abréger ?
Était-ce donc si grave ce que j’avais ?… J’ai regardé le docteur avec des yeux qui devaient être, en cette minute, aussi pénétrants que les siens.
— Comprenez-moi, docteur. Je ne suis pas une enfant, ni une femme déraisonnable, comme vous semblez le croire. Je ferai tout ce qu’il faut, si je suis certaine que… que mes jours ne sont pas comptés, par suite de ce mal imprévu… Sinon, ainsi que je vous l’ai dit, je ne sacrifierai pas les dernières semaines qui me soient laissées pour vivre à ma guise… Cette certitude, docteur, je vous le répète, pouvez-vous me la donner ?
Mes yeux ne quittaient pas les siens. Vraiment, de toute ma volonté, j’exigeais une réponse.
Il a dû le sentir. Après une seconde de silence, avec une autorité lente, il a prononcé :
— En conscience, madame…
Encore un imperceptible arrêt. Puis, il répète :
— En conscience, je ne puis vous donner la certitude que vous souhaitez… puisque je ne suis pas absolument compétent. Je rappelle votre attention sur ce point, afin de ne vous tromper ni dans un sens, ni dans un autre.
Il ajoutait cela… par compassion. Une terrible intuition me l’affirmait, à mesure qu’il parlait. J’étais certaine qu’il savait et ne voulait pas me dire… Je n’ai pas bougé. Toute ma sensibilité semblait morte. Et j’ai seulement articulé une dernière question :
— Soit, docteur, il vous est impossible de me répondre nettement comme je l’aurais désiré. Mais dites-moi ceci, et avec la même conscience : estimez-vous que je compromets l’avenir en attendant un mois pour me soumettre à l’opération que vous jugez indispensable ?