— Cette maison abrite un ménage de Capucins que j’ai acheté hier, en traversant Paris. Ils m’ont tentée au passage ! Seulement ces amours étaient si à l’étroit dans leur cage que, ce matin, à Saint-Léger, je leur ai acheté une plus vaste demeure. Maintenant, il faut que je les y installe. Guy, donne-moi le grain.

Il lui tend le sac, très intéressé. Hélène, aussi, regarde sage dans la crainte d’être renvoyée à Agnès, ses menottes dans les poches de son tablier, sa petite bouche ouverte par l’attention.

Et Marinette s’agite avec des exclamations diverses, plaisir, agacement, inquiétude, devant le vol effaré des oiseaux que sa main affole.

Enfin l’installation est accomplie. Les enfants ont été renvoyés près d’Agnès.

Pour la première fois, depuis l’arrivée de Marinette, nous sommes seules… Et, tout à coup, je me souviens de ses retours d’autrefois, au temps où elle était, pour moi, une enfant caressante, dont la chaude tendresse me donnait l’illusion d’être une mère… Aujourd’hui, elle ne devine certes rien de ma soif stupide de recevoir d’elle l’affection qui bercerait ma détresse qu’elle ne pressent guère. Ce matin, avec son baiser d’arrivée, elle s’est exclamée :

— Comment vas-tu, chérie, un peu fatiguée ? Tu n’as pas si bonne mine qu’à Saint-Moritz !

Mais elle n’a d’ailleurs pas attendu ma réponse quelconque, car elle surveillait la descente de sa caisse à chapeaux. Maintenant, très attentive, elle contemple ses oiseaux et leur prodigue des appellations câlines. Ils l’absorbent bien plus que sa grande sœur !…

Je demande :

— Et ton amie ?… Que devient-elle ?… As-tu été contente de votre séjour à Lugano ?

— Oh ! oui… oh ! oui… Du moins, en général !