— J’ai arraché la vérité au docteur, je suis perdue. L’opération me prolongera mais ne me sauvera pas…

Mon Dieu, pourquoi est-ce que je me souviens de cela ?… Ah ! je ne veux plus penser, ni chercher, ni craindre… Je veux seulement sentir que je suis encore vivante… Que mon visage, mes yeux, mes lèvres peuvent encore appeler l’amour… Que mon corps est encore désirable, en dépit de la morsure du mal… Que mon cœur si longtemps glacé a retrouvé la flamme et veut aimer jusqu’à s’y consumer…

Ah ! demain, quand lui sera ici, j’arriverai bien à oublier.

7 septembre.

Marinette est arrivée ce matin, avec les petits et Agnès, devançant son mari qui ne viendra que ce soir, avec le gros des invités.

Plus que jamais, elle avait un éclat de rayon de soleil. Elle était si rieuse, si fraîche, si incroyablement jeune, qu’elle semblait la sœur aînée de ses poussins.

Après le déjeuner, tandis que père s’affairait avec ses gardes-chasses elle est apparue sous les arbres, où ma lassitude se reposait, les deux petits trottant à sa suite, toute mince en robe et souliers blancs, portant avec soin deux cages, une minuscule et une très grande, qu’elle a posées sur la table près de moi, reculant mes livres d’un geste preste.

J’ai demandé, intriguée :

— Qu’est-ce que tu vas faire avec ces cages. Il me semble que ce matin, déjà, en descendant de voiture, tu avais cette petite cage en main, toi, la chic Marinette !

Elle a eu son rire de fillette.