— Oh ! si, Françoise, très bien.

Ma voix est lente. Mes yeux errent sur l’horizon velouté de la forêt que dore le couchant. Oh ! oui, j’ai toujours, vivant en mon souvenir, le mince visage couleur d’ivoire, les grands yeux mélancoliques… Et je demande, obéissant à un obscur instinct :

— Françoise, quelle était donc la maladie qui a emporté maman ? J’étais très jeune alors… On ne me l’a pas dit…

C’est vrai pourtant, jamais je n’ai su… Jamais je n’avais pensé à m’informer.

— Sa maladie ? Ma chère fille, je ne pourrais pas vous en dire le nom. Elle avait toujours été délicate depuis votre naissance. Les médecins racontaient qu’elle avait un mal intérieur. Ils ont voulu lui faire une opération et elle y est restée, la pauvre madame !

Françoise s’arrête un peu. Tout en parlant, elle range le plateau du thé, pour l’emporter.

— C’est vrai qu’aussi, le mal était peut-être dans la famille… On disait, comme ça, que sa sœur plus jeune avait eu la même maladie… Mais je ne sais pas… Je n’étais pas encore au service de Madame dans ce temps-là.

Et Françoise s’interrompt parce qu’elle entend le valet de chambre qui a besoin de ses ordres.

Je la laisse sortir et je demeure immobile devant la fenêtre ouverte ; mes yeux qui ne voient pas errent sur le lointain bleu de la forêt dont la ligne ondule à l’horizon. Je cherche dans mes souvenirs… Je fouille dans le passé avec un regard qui interroge un abîme.

Ah ! cette phrase : « Le mal est dans la famille… sa plus jeune sœur aussi a eu la même maladie… » Voici que, tout à coup, elle ressuscite en ma mémoire un vieux, vieux souvenir, bien oublié… Je suis une très petite fille à qui l’on ne prend pas garde ; j’ai l’air absorbé par une poupée que je berce… et j’écoute ma jeune tante dire à maman d’une voix basse qui sanglote :