Et tandis que j’écoute, très correcte, les mains serrées sur mes genoux, je voudrais fuir l’inexorable voix qui, avec tant de ferveur, prêche le sacrifice, l’acceptation…
Jamais, je n’ai accepté la souffrance ni la peine. Je les ai subies, comme on subit l’Inévitable, après l’aveugle rébellion de la première heure, — frémissante, avec l’orgueil de ne pas me plaindre Tout ce que je pouvais, c’était de me raidir et de chercher l’oubli…
Mais dire, comme peut-être des croyants parmi les meilleurs le disent, dans la sincérité de leur âme : « Que votre volonté soit faite ! Je veux ce que vous voulez, ô Dieu qui m’avez donné les jours et me les reprenez, sans qu’il me soit possible de comprendre pourquoi j’ai reçu le don…, pourquoi il m’est enlevé… »
Je suis incapable d’un pareil sacrifice…
Fait à qui ?… Au Dieu pur esprit que m’a révélé le catéchisme, appris jadis quand j’étais petite fille… Souverain mystérieux, que chacun conçoit selon son idéal… Car nulle créature humaine ne peut dire ce qu’il est.
Pas plus que nous, ils ne savent, — quel que soit leur culte, — ceux qui s’appellent ses prêtres, enseignent en son nom, nous demandent le sacrifice en son nom, nous bercent en son nom de merveilleuses promesses…
Et c’est horrible, cet inconnu !
Pourtant, certains ont une foi absolue en ces promesses. Ils en vivent. Ils adorent l’invisible Maître — qu’ils appellent leur Père. Là-bas, au Carmel, l’exquise grande amie de ma jeunesse est divinement heureuse du renoncement accepté par amour de ce Dieu intangible qui, pour elle, est une réalité vivante.
Moi, je me débats dans la nuit, pour avoir voulu âprement le bonheur terrestre… Pour en avoir fait mon univers quand j’ai cru le posséder. Pour m’être absorbée dans ma souffrance de le perdre. Pour m’être follement jetée vers lui, quand, une fois encore, il m’a versé son philtre. Le mystérieux Consolateur dont, autrefois, on me promettait l’appui qui jamais ne manque… je ne le trouve pas !
Machinalement, tandis que j’écoute, j’ouvre le petit livre de prières qui m’est un souvenir de mère, une Imitation. Et mes yeux, distraits, tombent sur ces mots : La grâce ne fructifie point en ceux qui ont le goût des choses de la terre…