« Les choses de la terre… » Oui, c’est vrai, aux choses de la terre, j’ai surtout appartenu. En dehors des créatures, j’ai passionnément aimé l’art, la belle nature, insensible et vivante, les fêtes de l’esprit… Ce n’était pas suffisant.
Il fallait voir, chercher plus haut, sortir de soi… Se dépenser — un peu tout au moins — pour le bien des êtres, indifférents, étrangers même. Avoir le désir de valoir moralement… L’essayer, en s’élevant d’abord au-dessus des petites misères, des tentations, des blessures de l’existence quotidienne…
N’être l’esclave ni du bonheur ni de la souffrance… Monter vers la mystérieuse source vive…
Depuis combien d’années je l’ai oublié, ce souci de la valeur morale que j’ai connu autrefois quand près de moi, rayonnait l’âme de ma grande amie… Qu’il est loin ce temps !
Si profonde est mon étrange et soudaine méditation que le prêtre descendu de la chaire, retourné à l’autel, je n’ai même pas entendu les odieux chantres recommencer leurs prières tonitruantes. Une sonnerie me fait tressaillir. C’est l’Élévation. Je regarde autour de moi. Je vois Marinette qui s’agenouille en arrangeant un pli de son voile ; et Guy qui se lève, enchanté de remuer, sa petite figure dressée vers les vitraux dont les images le distraient.
La clochette tinte encore. Comme les fidèles, je courbe la tête ; et mon âme troublée se prend à supplier : « O Dieu que je ne connais plus, ayez pitié de moi, venez à moi qui souffre seule !… »
9 septembre.
Une lettre de Robert.
Il se prépare à s’embarquer. Il sera à Paris vers le 20 et — oh ! inconscience que j’avais oubliée — il se réjouit de me revoir ! me parle de ses projets d’hiver de notre réinstallation… Quant au duel, à ses causes et suites, il n’en est pas plus question que si jamais rien de pareil n’avait existé.
Et je vais répondre, moi, par une lettre qu’il trouvera à son arrivée, où je lui dirai la très simple vérité… Que je n’ai plus le courage de mener la vie commune et le prie de faire le nécessaire, afin que l’un et l’autre soyons libres de droit, ainsi que nous le sommes déjà de fait.