— Oh ! père, tes hôtes du dimanche me suffisent bien ! Je suis un peu lasse et la solitude me repose.

— Comme tu voudras, enfant. Fais ce que tu préfères !

A peine, je me l’avoue à moi-même, tout ce que je puis, c’est de recevoir du samedi au mardi. Quand partent les invités de père, je suis à bout de forces ; et il me faut bien quelques jours pour me reprendre, afin de continuer à remplir mon rôle…

Et puis encore, il me faut la liberté de le voir, lui, soit à Paris, soit ici ; qu’il vienne en visiteur officiel, ou que j’aille le retrouver, dans la forêt, au rond-point convenu, auquel j’arrive dans la charrette anglaise que je conduis moi-même.

Mais comme elles sont comptées, nos pauvres rencontres ! Ah ! les misérables jours qui fuient sans nous rapprocher ! Si vite, octobre avance ! De la brume d’automne, je le vois déjà sortir, inflexible, amenant le jour de l’inexorable départ.

12 septembre.

Cet après-midi, à Paris, où j’étais venue, pour lui, j’ai rencontré ma petite amie de Saint-Moritz, Marie-Reine Derieux.

L’auto m’amenait chez moi, un peu avant l’heure où j’attendais Jacques, quand, descendant de voiture, je l’ai aperçue qui arrivait de son pas vif, si joliment rythmé, seule, en vertu de l’indépendance que lui accorde la confiance de sa mère.

Me reconnaissant, elle s’est arrêtée court, l’air si ravie que, sans réfléchir, après les paroles de bienvenue, j’ai dit :

— Si vous n’êtes pas trop pressée, voulez-vous monter un instant me faire une petite visite, en fermant les yeux sur un appartement en toilette d’été ?