Depuis des mois, des années, je m’habillais pour satisfaire mon propre goût. Maintenant, c’est pour lui que je cherche ce qui m’est le plus seyant… De même que je m’applique à faire incomparablement beaux et doux, autant qu’il est en mon pouvoir, les fugitifs moments qui nous sont accordés.
Je veux qu’il emporte mon image, élégante, lumineuse, exempte d’une ombre même de déchéance.
Je veux qu’il ne me voie ni souffrante, ni faible, ni fatiguée même. Aussi je surveille avec une attention anxieuse l’altération de mes traits, et j’ai des raffinements de coquetterie pour dissimuler de mon mieux mon amaigrissement, ma pâleur. Sur mes joues qui devenaient pareilles à la cire, j’ai mis hier un peu de poudre rose ; très peu…
Et il y a été pris, mon ami cher. Une exclamation joyeuse lui est échappée quand il m’a aperçue ainsi, fraîche sous mon voile, comme j’arrêtais ma charrette anglaise au rond-point où, déjà, il m’attendait.
— Quelle bonne mine vous avez aujourd’hui, petite chérie ! Et cela vous va si bien !…
J’avais réussi. Mais de le voir si confiant et si heureux, un sanglot m’a serré la gorge. Et une minute je me suis tue, pendant que, sautée à terre, je demeurais entre ses bras qui m’enveloppaient étroitement, comme j’aime ! Car ainsi j’ai la stupide illusion d’être défendue par son étreinte, contre la douleur qui approche de moi.
C’est seulement quand j’ai senti mes yeux redevenus bien secs que j’ai relevé les paupières où mon émotion s’était abritée… Et j’ai pu parler…
Oh ! être à lui toute ! Aller vers l’abîme, les yeux clos, entre ses bras, sous ses lèvres, et m’anéantir ainsi…
Avec le sentiment que l’adieu approche — si vite !… — une fièvre s’insinue en nous qui s’avive à chacune de nos rencontres ; une fièvre faite de la soif inapaisée que nous avons de confondre nos deux êtres…
Lui apporte une fierté délicate et généreuse à m’aimer, à m’adorer !… sans demander rien. Je le sais… Surtout, je le sens !