Et il y a des minutes, maintenant, où je me demande pourquoi lui refuser, pourquoi me refuser une ivresse qui sera sans lendemain ?

Sauvagement, je me prends à appeler la rafale merveilleuse qui emporte les êtres hors du monde… A vouloir les délices folles où je perdrai l’épouvante, la notion même de l’avenir, de l’anéantissement possible, et tout proche peut-être.

Puisque j’ai donné le meilleur de moi, pensée, cœur, à quoi bon garder farouchement mon corps qui, bientôt, ne sera plus qu’une loque brisée par le mal, dont lui-même, mon aimé, n’aurait plus le désir ? Ma pauvre petite guenille humaine ! combien elle m’inspire de tendresse et de pitié, quand je songe à l’horrible travail qui s’accomplit obscurément en elle !

Et cependant, je résiste au désir qui gronde et supplie… Pourquoi ?

Quels vieux instincts, à moi légués par ma pure maman, arrêtent l’élan de mon être qui, affolé par le spectre de la destruction, cherche éperdument la brûlante source de vie ?

Est-ce donc que je subis l’influence de mon éducation première ?… que j’obéis à l’orgueil qui m’impose de partir — si je dois partir — sans avoir failli, sans être descendue au niveau de l’homme à qui je suis liée, des femmes qui se sont livrées à lui ?

Parce que je redoute le jugement que mon bien-aimé lui-même pourrait alors porter sur moi ?…

Parce que je ne veux pas lui offrir un corps où, peut-être, la mort a planté ses griffes ?…

Ah ! que de liens m’emprisonnent, entre lesquels je me débats, frémissante, révoltée. Et que, pourtant, je ne brise pas !

20 septembre.