Aujourd’hui, j’étais seule à l’Hersandrie, avec les enfants — ô jouissance bien rare !… — la nouvelle série des invités n’arrivant que demain.
Père, retour de Paris, m’a trouvée allongée dans un rocking chair, sous les sapins, ayant l’air de lire. Je ne puis guère lire maintenant… J’ai trop à penser…
Je ne l’avais pas entendu venir, tant mon esprit s’était enfui loin, hors du présent ! Et j’ai sursauté, sentant tout à coup sa main sur mes cheveux.
— Eh bien comment va l’enfant, aujourd’hui ?
Mes lèvres ont frôlé la main caressante, ainsi que je faisais quand j’étais une petite, en adoration devant père.
— L’enfant jouit du calme de cet après-midi.
— Parfait !… repose-toi bien, ma chérie. Tu as raison de ne pas même lire…
A cette remarque seulement, je me suis aperçue que la revue était tombée sur mes genoux.
Père s’est assis et aspire l’air tiède, un peu humide, qui sent la forêt… Un instant ni l’un ni l’autre nous ne parlons. Je suis lasse, si lasse !… du fardeau que je porte !… Lui, semble réfléchir.
Mais il tourne soudain la tête vers moi qui, distraite, ne surveillais pas mon attitude pour dissimuler la faiblesse qui m’abat… Et j’ai un battement de cœur, l’entendant tout à coup me demander :