— Viva, es-tu souffrante ?
— Mais non, père.
Et je dis vrai. Ce n’est pas souffrante que je suis…
— Alors, pourquoi parais-tu si fatiguée ?… Pourquoi, de jour en jour, deviens-tu plus fluette ?… Si tu continues à t’affiner ainsi, ma Viva, tu finiras par ressembler tout à fait à une petite ombre. Il faut te soigner et devenir, coûte que coûte, une grosse dame.
Il plaisante, mais il n’y a pas de gaîté dans son accent. Malgré mes efforts, le tourment s’est insinué en lui ; et ni affaires ni plaisirs ne l’en peuvent plus distraire, je le devine. J’essaie d’être gaie :
— Père, renonces-y tout de suite, jamais je ne deviendrai la grosse dame que tu souhaites et que tu n’aimerais pas du tout à me voir, avoue-le… Tu sais bien que je suis une femme de la petite espèce.
— Oui… oui… évidemment. Mais peut-être aussi as-tu quelque préoccupation ? Le retour de Robert ?…
Je hausse les épaules malgré moi.
— J’aimerais certes mieux qu’il ne revînt pas… Mais c’est l’impossible… Alors j’accepte sa venue comme un mal inévitable. D’ailleurs, nous nous verrons si peu à l’avenir !
Je m’arrête. A quoi bon, déjà, parler d’un divorce que… les circonstances rendront peut-être inutile ?