— Vous n’avez cependant pas la prétention de me garder de force ?

Il a un sursaut, me regarde ; puis, sourdement :

— Ah ! comme vous m’en voulez, Viva !… Et comme vous avez bien trouvé votre vengeance !…

Je secoue la tête :

— Ma vengeance ?… Ah ! je ne songe guère à me venger !… Une dernière fois, écoutez… Votre absence m’a rendue à moi-même ; et je ne pourrais plus supporter la vie mensongère que nous avons eue l’un près de l’autre, pendant trois années. Ce qui est faux ne peut jamais durer, Robert. Pour vous, comme pour moi, il est plus digne que notre séparation soit nettement établie. Non, je ne vous en veux pas… Avec les années, j’ai appris qu’il fallait accepter les êtres tels qu’ils sont. Maintenant, je ne m’irrite même plus contre vous… Nous sommes trop loin l’un de l’autre…

Ma voix est tombée si calme et si grave que j’en suis saisie. Quelque chose de définitif a passé entre nous.

Si léger soit-il, Robert doit en avoir l’intuition, car il n’insiste plus. Presque tout bas, il articule :

— Vous êtes dure, Viva ! Mais en somme… c’est la justice… Vous avez raison… Et vous êtes dans votre droit.

Un silence lourd de tant de choses qu’il est inutile de dire !… Ah ! c’est bien vrai, je ne lui en veux pas… Même plus, devant son désarroi, j’éprouve l’espèce de regret que l’on ressent d’avoir troublé l’insouciance d’un enfant.

Et par certains côtés, ce maître illustre est un enfant… Un cruel enfant gâté !