— Je m’excuse, madame, d’être ainsi arrivé en intrus. Mais Madame votre belle-sœur avait bien voulu m’indiquer la fin de l’après-midi pour le moment où j’aurais la chance de la rencontrer ; et j’espérais la trouver.

Cet infortuné qui se fie aux rendez-vous indiqués par Marinette !

Malgré moi, je ris.

— Ma belle-sœur a, en général, très vaguement la notion de l’heure ! Je crains fort, monsieur, que votre attente ne soit vaine.

— Est-ce mon congé que vous me donnez, madame ? Je serais bien fâché de le recevoir si vite. Mais peut-être, je ne devrais pas vous avouer cela… Ne m’en veuillez pas ! Ma carrière m’a obligé à vivre hors de France et j’ai un peu perdu la notion des usages parisiens.

Sa carrière ?… Ah ! oui, Marinette m’a dit qu’il avait été en Orient, attaché d’ambassade, consul… Je ne sais plus au juste.

Je lève le nez vers lui, dont la stature me domine ferme. Nous sommes devant la fenêtre ouverte.

Dans l’air tiédi par l’averse, une senteur de feuille mouillée se mêle au parfum des brins de muguet glissés dans la boutonnière de ma veste.

— Avouez, monsieur, tout ce que vous jugerez devoir avouer. J’ai le culte de la vérité.

— Alors madame, je m’aventure à vous confier que j’avais été très déçu de ne pas vous rencontrer, le jour où j’ai eu l’honneur de me présenter chez vous. Mais j’ai compris à quel point je l’avais été, au plaisir que m’a causé votre présence imprévue ici.