— Tu crois ?

— Oh oui ! les hommes savent toujours ces choses-là !

J’obéis, tout en répondant au salut profond du « monsieur » aux yeux gris.

A son tour, il a pris la locomotive. Attentive autant que Guy, je suis ses mouvements, son examen… Et je le contemple, moi aussi, comme une façon de Deus ex machina quand, après quelques essais, le miracle s’accomplit ; et, au milieu des sauts d’allégresse des deux petits, le train repart d’une allure pressée, tout à fait comique. Hélène se lance à sa suite, ce qui lui vaut un rappel énergique de Guy, d’autant qu’elle a failli se laisser choir sur la gare. Nous autres, les grands, nous regardons ; et comme l’espèce humaine aime la réussite, nous sommes très satisfaits de voir filer les wagons-joujoux.

— Guy, vous devez beaucoup remercier Monsieur, recommande aussitôt Agnès.

Guy met sa menotte dans celle de Jacques de Meillane. On dirait un lilliputien auprès de Gulliver.

Que cet homme est donc de haute taille ! Je m’en aperçois d’autant plus que, tout occupée des évolutions du convoi, je suis restée agenouillée pour mieux voir !

J’en prends tout à coup conscience et je me lève aussitôt, un peu agacée du personnage de gamine que je viens de jouer sans y penser. Je n’avais pas revu ce Meillane depuis le soir de la première. Il a déposé sa carte chez moi et j’étais sortie. Il m’a envoyé, ensuite, une botte de fleurs avec ces mots : Merci, madame. Comme je voudrais vous entendre encore !

Une ligne de réponse polie. Et nous en sommes là.

Il commence :