— Madame, madame, ne me faites pas dire ce que je ne pense pas du tout. Voici tout uniment la vérité que je vous offre comme telle. Le peu que je connaissais de vous ne m’avait pas laissé soupçonner que vous puissiez être « joueuse » si joliment et avec tant de conviction ! Voilà tout !

L’adverbe flatteur a été articulé avec une parfaite simplicité, et si je le remarque, pour cause « d’imprévu », je le prends ainsi qu’il est venu. De bonne grâce, je reconnais :

— Quand je suis avec ces petits, je retourne à mon enfance. C’est une résurrection du vieux temps où je jouais avec passion. Ah ! qu’il était délicieux, ce temps-là !

— Délicieux, peut-être parce que vous le voyez à distance ?

— Oh non ! C’était un bonheur sans prix de n’être qu’une petite chose, joyeuse, folle, sans pensée ni crainte ni souvenir ! Ah ! être cela ! Rien n’existe de meilleur, rien !

Je vois apparaître une surprise dans les yeux gris. S’il savait tout ce qu’enferme ce « rien » !

Mais il ne sait pas, il ne peut pas savoir.

Et tout à coup, la présence de cet étranger m’est à charge et m’énerve. Pourquoi m’amène-t-il à me souvenir de ce que j’ai perdu ? Et puis, je trouve insupportable ce regard clair d’une vivacité attentive, trop pénétrant.

Il en a peut-être l’intuition… Ou bien mon visage, indiscrètement expressif, a trahi quelque chose de mon impression ? Car, reprenant un grand air correct, il s’incline pour prendre congé :

— Madame, puisque Mme Abriès ne revient pas, selon votre prédiction, il ne me reste plus qu’à espérer plus de chance une autre fois. Veuillez recevoir mes hommages.