— Pas avant quatre jours ! Nous avons convenu d’aller « digérer » chez Germaine de Riolles, mardi à la même heure, celle du thé. Oh ! Viva, je voudrais que tu la voies !

— Je serais subjuguée aussi ?

— Oh ! tu ne pourrais faire autrement !

— Marinette, quelle enfant tu es !

Les lèvres malicieuses et confuses, elle marmotte :

— Ma grande sœur, on est comme on peut ! Il ne faut pas vous f… des bébés, du haut de votre sagesse, madame. Au revoir, chérie, j’ai un essayage chez Linker. Tu ne viens pas avec moi ? Tu me donnerais ton avis…

Je décline la proposition, vu mon horreur des séances de cette espèce. Et mon petit papillon, après m’avoir planté deux chauds baisers sur les joues, disparaît, aussi preste qu’elle est venue.

8 avril.

Cet après-midi, je m’étais laissé emmener par Pierre Rouvray pour voir, rue de Sèze son exposition, qui s’ouvre demain au public… Et j’ai été récompensée de ma bonne grâce. Ce gros garçon, à tête de beau mulâtre, est un emballé presque génial en son art, dont les audaces, les trouvailles de tons, révolutionnent les classiques. C’est lui qui a dessiné les costumes de la Danaïde, dont tout le monde des peintres a parlé. Jadis, il fit de moi certain pastel auquel je devrai, si je deviens une vieille dame décrépite, l’illusion charmante d’avoir eu ce visage de petite nymphe brune, couronnée d’un mince cordon de feuillage, où songent de larges prunelles, — mélancoliques et passionnées, — où des lèvres d’amoureuse s’entr’ouvrent imperceptiblement…

Nous avons donc, de concert, regardé, bavardé, bataillé même, quand nos goûts respectifs se contredisaient. Puis, en sortant, il a prétendu que j’avais l’air fatiguée, ce qui était bien possible ; je le suis si souvent, ce printemps. Et il a imaginé de m’emmener goûter où je voudrais… pour me remettre.