— Madame, vous ne vous moquez pas de moi ?

Positivement, il se demande si je plaisante. Moi-même, je n’en sais trop rien. Pourtant, en cette minute, il me semble que cela me serait plutôt agréable de faire de la musique pour celui-ci qui paraît si bien la comprendre.

— Et quand j’arriverai, vous ne me renverrez pas, raillant ma naïveté ou mon audace ?

— Je ne vous renverrai pas… Du moins, je le pense. Seulement, vous êtes prévenu que j’ai, hélas ! l’humeur très fantasque. Aussi, j’ignore si, le jour en question, je serai en disposition de chanter… et de chanter pour vous…

Le visage de Meillane prend quelque chose d’impatient. Il me fait penser à un pur-sang qui, soudain, sentant la bride, se cabrerait. Il me regarde en face :

— Êtes-vous sincère en ce moment ? ou seulement taquine ?… ou méchante ?

— Je suis sincère… Je le suis toujours !

— Alors, il ne faut pas que je vienne ?

— Il faut que vous veniez bravement, au petit bonheur… Et puis, nous verrons ce que je puis ce jour-là pour votre satisfaction. Je tâcherai de n’être pas de mauvaise humeur…

— Vous êtes sincère aussi en disant cela ?