— Madame, est-ce que nous n’aurons pas de musique, ce soir ?… Je voudrais tant vous entendre chanter !…

C’est Meillane qui m’a découverte. Ses paroles ont la forme d’une prière ; mais son accent a ce quelque chose d’impérieux dont il ne se doute pas et qui m’amuse.

— Pourquoi désirez-vous tant m’entendre ?

— Parce que j’ai gardé la soif de votre voix !

— C’est un compliment, n’est-ce pas, que vous me faites ?

— Non, c’est la vérité.

— Alors, écoutez aussi la vérité. S’il me fallait chanter ici ce soir, ce ne serait plus ça du tout ! Je suis très sauvage ; et certains publics me glacent…

— Je comprends… Mais… où pourrais-je bien me trouver dans le public avec lequel vous vous sentez en vraie communion ?

De mon moi obscur jaillit une de ces impulsions dont on demeure ensuite stupéfait :

— Vous viendrez me faire visite une fin d’après-midi. Et alors je vous chanterai tout ce que vous voudrez…