— Oui… Dites que je viens.
J’avais répondu d’instinct : « Je viens. » Mais je ne bougeais pas, maudissant la faiblesse qui m’avait fait subir, l’autre soir, le secret vouloir de cet étranger…
Aujourd’hui, même à distance, ce magnétisme opérait-il encore ?… Sans l’avoir décidé je me suis trouvée debout, mon livre abandonné sur la table, mes doigts soulevant du geste familier l’onde obscure de mes cheveux ; et, résignée, je me dirigeais vers le salon. Seulement dans le tréfonds de ma pensée, je prenais déjà ma revanche, raidie dans l’intention de ne pas chanter.
Je suis entrée ; j’ai rencontré le clair et vif regard qui me saluait… Et, à ma profonde stupeur, j’ai senti que ma maussaderie n’était plus qu’un souvenir.
De très bonne grâce, j’ai tendu à mon hôte une main sur laquelle s’appuient des lèvres qui doivent savoir ce qu’elles veulent. Et, comme s’il lisait en moi, il me dit aussitôt, en souriant :
— Je vous avoue, madame, qu’en venant ici, je me trouvais une telle figure d’indiscret que j’ai entrevu le moment où je n’oserais jamais demander à être reçu…
Tout de suite, je lui rends franchise pour franchise ;
— Vous avouerais-je, monsieur, qu’en quittant ma chambre et ma revue en votre honneur, il y a quelques minutes, je me demandais quel sortilège vous a fait triompher de mes instincts antihospitaliers — du moins, quand il s’agit d’entrouvrir, même un peu, l’entrée de mon domaine particulier !…
— Madame, ce n’est pas là une invitation au départ, n’est-ce pas ? J’ai si grande envie de rester…
— Parce que ?