— Chérie, ton amie est très aimable. Mais tu sais… je te l’ai déjà dit… maintenant je ne veux plus faire de relations nouvelles. Glisse-le-lui en douceur !…

Elle me jette autour du cou des bras caressants et ses doigts frôlent doucement ma joue :

— Viva, ma grande sœur, fais une exception pour elle qui est… adorable !… Tu ne pourrais t’empêcher de le trouver ! Que d’années j’ai perdues à ne pas la connaître !

Allons, chez Marinette aussi, c’est la « grande passion » ! Mieux vaut pour elle, et pour Paul, que l’objet n’en soit pas plus inquiétant… Puisqu’il faut toujours un joujou sentimental à l’imagination de notre « petite », restée si juvénile sur ce chapitre.

En somme, cette trop aimable Mme Valprince me paraît une très « honneste dame » ; fort absorbée par le fervent souci de bien pratiquer, en tous ses rites, la vie mondaine, où elle goûte l’encens que lui attirent sa grâce insinuante, un instinctif besoin de plaire et surtout le don, possédé à un remarquable degré, de persuader, sinon à chacun, du moins à chacune, qu’elle est l’élue. Au docteur, son époux, elle a dû amener bien des clients !

Le charme a opéré sur Marinette à un point que Mme Valprince n’a pu souvent constater. Aussi, conquise par cette admiration sans frontières, elle le témoigne à mon petit papillon qui est une adoratrice exquise… Je m’en souviens…

Pour échapper à son insistance, j’ai répondu bien vite :

— Laisse-moi le temps de la mieux connaître.

— Soit !… Mais cela me ferait tant de plaisir, que vous soyez amies. Entre vous deux, je serais tellement bien !

Elle aussi, comme son amie, juge donc qu’une nouvelle venue et moi — la vieille affection… — nous pouvons être placées de niveau dans son cœur… Ah ! qu’elle est bien la sœur de Robert ! C’est la même inconscience… En ce moment, Marinette tient à cette étrangère autant, peut-être plus qu’à moi qui suis devenue pour elle le pain quotidien.