Il a existé un temps où pareille rencontre m’eût broyé le cœur, me bouleversant du besoin aveugle de les séparer à n’importe quel prix. Que je suis donc devenue sage !
Je les ai regardés, très calme, en observatrice, comme le premier soir de la Danaïde.
Vraiment, ils formaient un beau couple. Elle, même en tenue de ville, garde une grâce souveraine de déesse. Lui, porte singulièrement jeune ses quarante-deux ans, de silhouette, du moins. Mais le visage, quoique fatigué, conserve sa séduction. Dans la soie fauve de la barbe, les sillons blancs demeurent encore invisibles ; et les dents luisent, solides, entre les lèvres habiles à toutes les caresses.
Il marchait incliné vers elle qui semblait écouter. Elle avait un peu penché la tête ; et je ne voyais plus que la nuque dorée et la ligne souple de la joue.
Je les ai contemplés quelques minutes dans leur lente promenade d’amants. Puis j’ai rappelé Plume et je suis rentrée.
A déjeuner, quand j’ai retrouvé Robert, il était souriant et empressé, les yeux brillants ; et il s’est exclamé, de bonne humeur, dépliant sa serviette :
— Viva, vous me voyez avec un appétit dévorant. J’ai fait ce matin au Bois une promenade qui m’a mis en goût !
Quel besoin a-t-il de me dire cela ?
Presque comique m’apparaît cette semi-confidence ! Mais je réponds simplement, avec une ironie qu’il ne perçoit pas :
— Vraiment ?… Moi aussi, ce matin, je suis allée au Bois…