— Ne dites donc pas cela ! Ce n’est pas vrai !
Il a parlé avec une espèce d’emportement ; je l’arrête, railleuse :
— Vous n’êtes pas poli du tout, vous savez.
— Soit ! Alors, je dis que pour une femme comme vous, il y a tant de sources vives où boire !
— Je n’ai plus soif… Vous n’avez donc pas encore compris que je suis blasée, revenue de toute chose, autant que le roi Salomon sur le tard de son existence ?…
— Je vous plains beaucoup, madame… si vous ne vous moquez de ma confiance en votre sincérité.
— Oh ! non, je ne me moque pas !… Pour moi, une vie n’a de prix qu’autant qu’elle est nécessaire à des êtres chers auxquels on la donne toute… Des enfants, une mère, un amant, que sais-je ?… tous biens que je ne possède pas, enfin !
Ici, je m’arrête court, me rappelant que, en apparence du moins, j’ai un mari. Mais Jacques de Meillane ne montre pas qu’il se soit aperçu de mon inconséquence. Seulement, notre conversation s’oriente vers des sujets moins délicats.
21 mai.
Par extraordinaire, ce soir, je ne dînais pas en ville, ayant pu me décommander — prétexte de migraine — pour une partie organisée par Marinette et les Valprince.