En effet, je porte à la Danaïde un intérêt quasi maternel, parce que je l’ai vue éclore, se développer, devenir une œuvre belle et vivante. Et ce m’est une réelle jouissance que beaucoup apprennent à l’aimer.
Robert joue avec les soies de sa barbe qu’il tourmente du geste qui lui est familier.
— Évidemment, la proposition telle qu’elle m’est présentée est très flatteuse ; et les conditions offertes valent la peine de n’être pas dédaignées… C’est pourquoi, tout Parisien que je suis jusque dans les moelles, je suis tenté de m’en aller, ainsi qu’il m’est demandé, diriger moi-même l’orchestre de la Danaïde.
Un tressaillement secoue mes nerfs, si vite en éveil. Robert s’éloignerait ?… J’éprouve l’impression d’être une prisonnière à qui le geôlier annoncerait tout à coup qu’il va partir…
Pourtant, même lui à Paris, je suis libre de faire tout ce qui me convient…
Ah ! pourvu qu’il accepte !…
Je demande :
— Qui chantera votre Danaïde, là-bas ?
Encore un court silence. Puis la réponse vient, articulée sur une note un peu brève :
— Mais son interprète habituelle, bien entendu.