J’ai compris… Sûrement, alors, il partira. De pareilles représentations ne peuvent qu’attirer et retenir, outre-mer, l’époux de ma jeunesse. Oh ! bienfait du détachement ! Sans qu’une fibre douloureuse ait tressailli en moi, je peux répondre, sincère :
— Pour le succès de la Danaïde, il est, en effet, fort heureux que vous ne soyez pas contraint à recourir à une nouvelle chanteuse ! A Paris, la direction laisserait partir Marcelle Huganne ?
— Pendant les mois d’été, elle a son congé ; et, à Paris, la Danaïde ne sera pas reprise avant novembre. Et puis, d’ailleurs, avec de l’argent, tout s’arrange !
J’incline la tête et approuve, avec une docilité de petite fille bien raisonnable. Ah ! que la Viva de jadis est donc disparue ! Celle pour qui un tel voyage eût été un supplice… Jamais cette Viva n’eût laissé l’homme qu’elle adorait partir ainsi, pour ne pas quitter sa maîtresse !
Et voici qu’aujourd’hui, les paroles de Robert éveillent seulement un espoir imprévu, exquis, fou, l’espoir de vivre délivrée d’une présence que je subis, pour obéir à un misérable souci des apparences ; souci que je condamne chaque jour davantage… Moi qui ai si intenses, le mépris et l’horreur des compromis hypocrites à l’égard du monde. Oh ! qu’il parte ! Que j’échappe au frôlement de cette vie qui m’est plus qu’étrangère !
Et, avec quelle sincérité encore, je réponds :
— Mais tout cela me semble fort bien… Cette tournée serait prochaine, alors ?
— Départ vers le 15 juin. Retour…
— Retour ?…
— Retour à l’automne.