— Oh ! je saurai l’occuper à mon gré ! Soyez sans inquiétudes.

Avec sa prodigieuse inconscience, il me demande :

— Vous ne vous ennuierez pas ?

— M’ennuyer ?… De quoi ?… De qui ?… De vous ? Que je saurai parfaitement loti quant aux distractions ! D’ailleurs, vous n’ignorez pas que je me suffis très bien à moi-même.

— Et puis, les bons amis sont là, tout prêts à vous entourer, pour que vous ignoriez la solitude.

Il y a soudain, dans la voix de Robert, quelque chose de presque agressif qui y est inaccoutumé.

— Vous avez raison, j’ai un cercle d’amis qui s’efforcent d’écarter de moi toute sensation d’isolement.

— En tête, M. de Meillane.

Encore ?… Je sens mes sourcils se rapprocher ; mais, dédaigneuse de discuter, je réponds simplement :

— Voulez-vous que nous ne nous occupions pas de M. de Meillane, qui n’a rien à faire dans une conversation où vous et moi, seuls, sommes intéressés ? Vous emploierez votre temps en Amérique comme bon vous semblera. Moi de même, en Europe. Et ainsi, nous aurons, l’un et l’autre, un agréable été. Si, par hasard, j’éprouvais quelque besoin d’être protégée, père est là ! Partez donc sans arrière-pensée… Et préoccupez-vous seulement d’avoir tout le succès que mérite la Danaïde.