Mon accent a-t-il mis un point final à notre conversation ? Robert se lève, fait quelques pas, au hasard, dans ma chambre.
Je le connais trop pour ne pas le deviner obscurément surpris de la tranquillité avec laquelle j’accueille la séparation qu’il vient de m’annoncer. Et il ignore quelle allégresse cache cette tranquillité !
Par aventure, avait-il mis dans ses plans de m’emmener ?… Après tout, je suis une épouse si peu gênante ! Il comptait peut-être m’avoir, en Amérique, comme femme du monde, — sa femme, — à présenter ; et mener une double vie, comme à Paris. Sa tyrannie masculine se cabre devant mon indépendance, nettement établie, car il sait bien n’avoir nul moyen de me l’enlever.
Et justement, parce qu’il a conscience que je lui ai échappé, je lui apparais une proie désirable qu’il voudrait garder sienne, pour y mordre à l’occasion. Aussi est-il sincère, j’en suis sûre, quand il prononce, la voix un peu assourdie :
— Vous me manquerez, Viva,
Moqueuse, je secoue la tête :
— Non, ne croyez rien de pareil ! Vous aurez, je vous le répète, tant de distractions de tout genre !… Bientôt vous perdrez l’habitude de ma vague présence. Enfin si, tout de même, il arrivait que je vous fisse défaut, tant pis… Mais cela n’arrivera pas ! N’ayez crainte, comme disent les bonnes gens.
Il ne me répond pas. Mais j’aperçois une courte flamme dans ses prunelles sablées d’or qui arrêtent sur moi un singulier regard. Puis, brusquement, il sort.
25 mai.
Sur le coup de six heures et demie, je me faisais de la musique. Le timbre d’entrée résonne vif, impérieux. Ce coup de timbre, je le connais maintenant, c’est celui de Meillane. Alors je me souviens ; je lui avais demandé de m’apporter, s’il le pouvait, le livre dont il m’a parlé, lundi, chez Marinette.