Il me l’apporte, en effet, accompagné de si admirables roses qu’un cri enthousiaste me jaillit des lèvres, et, une seconde, mes joues s’empourprent de plaisir.

— Oh ! qu’elles sont belles ! Comme vous me gâtez !

Mes yeux rencontrent les siens. Ils ont cette expression qui a sur moi l’action d’un baume vivifiant. J’y trouve tant de sympathie franche et profonde, un peu compatissante aussi ! Mais cette compassion-là ne me raidit pas comme celle des autres. Presque, — ici seulement, je puis risquer pareil aveu ! — elle me donnerait l’envie lâche de m’y abriter…

Et avec un sourire dont je suis enveloppée soudain comme un jet de soleil, il me répond :

— Je voudrais bien avoir le droit de vous gâter ! Mais il ne m’est permis que d’essayer de vous faire plaisir un peu et un instant…

— Plaisir un peu !

Et mon doigt caresse les pétales veloutés qui sont d’un rouge sombre, un rouge passionné, ardent ainsi qu’une flamme. Il voit sûrement, sur mon visage, la jouissance que j’éprouve à respirer la senteur très forte, tandis que je plonge les hautes tiges dans une aiguière de cristal. Et quand je relève le nez, je l’aperçois près de moi, qui m’a regardée faire et me dit gaiement :

— Vous ne vous doutez pas que ces roses ont l’intention de fêter un anniversaire ?

— Un anniversaire ?

— Oui… Mais naturellement, je ne puis être que seul à m’en souvenir.