Mais il n’a pas pris garde au mot imprudent, car un autre, surtout, l’a frappé. Et avec une espèce de révolte impatiente, il jette :
— Mon départ ?… Mais je ne pars pas maintenant…
A l’automne ! C’est très loin. D’ailleurs, n’importe où je serai, si vous me le permettez, je resterai vôtre.
Je murmure :
— A distance, vous pourriez si peu vous montrer un ami ! J’ai besoin de la présence des êtres à qui j’ai ouvert ma vie et les séparations me sont si pénibles, pareilles à… à une amputation !… que je ne veux plus m’attacher à personne. Plus je vieillis, et plus j’ai peur de souffrir !… Je n’en ai pas le courage… Laissez-moi seule, c’est plus sage.
Il ne répond pas… Mais soudain mes deux mains sont sous ses lèvres ; et mes yeux levés, saisis, vers les siens rencontrent le regard profond, qui a pénétré la désolation de ma vie !… Ce regard qui me pénètre du regret nostalgique de la protection que personne ne me donne plus.
Avec une sorte d’autorité apaisante, je l’entends reprendre doucement :
— Ne pensez pas ainsi à l’avenir ! Vivez dans le présent. Ne me donnez aucune place dans votre vie qui puisse devenir pour vous une source de tristesse… Usez seulement de moi, en ce qui pourra vous être bon… Et soyez sûre…
Il s’arrête une seconde et me regarde bien en face :
— … que je n’attends rien d’autre, et ne désire rien de meilleur !