Le ciel qui m’a tant malmenée me ferait-il cette aumône ? Je sens que Meillane m’observe, tandis que, silencieuse, je contemple obstinément les belles roses de pourpre sombre… Sur mon visage, voit-il le reflet des remous de pensée qui tourbillonnent dans mon cerveau ?
Et après des secondes, des minutes où, tous deux, nous nous sommes tus, il interroge, de ce même ton qui me réchauffe le cœur :
— Est-ce que je vous ai offensée… ou blessée… ou simplement contrariée, en vous laissant voir mon désir ?… J’ai un tel culte pour la franchise que j’en arrive à la pratiquer indiscrètement, je crains.
J’entends ma voix s’élever lente, un peu voilée ; car je parle, regardant au fond de mon âme :
— Moi aussi, j’adore la sincérité… C’est parce que je vous ai senti très loyal que vous êtes ici… Non, vous ne m’avez pas offensée, ni contrariée… Je pense seulement…
— Quoi ?… Voulez-vous me le dire ?
— Je pense seulement que si j’acceptais l’amitié que vous m’offrez, ce serait folie de ma part ! Dans quelques mois, même plus tôt, il est probable, les circonstances vont nous séparer. Nous redeviendrons des étrangers pour suivant chacun leur chemin. Alors…
— Alors ?…
— Alors, à quoi bon vous laisser entrer un peu dans ma vie, autrement que comme un passant… Si je m’habitue à trouver en vous un ami, la solitude pèsera plus dure ment encore après votre départ !
La solitude ! Le mot m’est échappé. Pourquoi révéler ma misère à cet étranger ?… Par quel charme attire-t-il donc ainsi ma confiance ?