—Hugaye l'a fait prendre tantôt.
—Bien alors, partons.
La pluie tombait toujours. Les deux femmes, d'ailleurs, n'y prirent pas garde et s'en allèrent d'un pas rapide, à travers la rue déserte où les pavés luisaient sous l'averse. Ni l'une ni l'autre ne parlait. Comme tous les êtres qui ont une forte vie intérieure, elles fuyaient d'instinct les futiles propos.
Mais bientôt, Élisabeth s'arrêta devant une haute maison, pauvre ruche dont les murs suintaient la misère.
—Voulez-vous, Élisabeth, que je monte la potion? proposa Claude, s'arrêtant aussi.
—Merci, mon enfant. Je préfère me rendre compte de l'état de la petite, ce soir. Attends-moi là, dans le couloir. Je ne serai qu'un instant.
Claude rit:
—Est-ce bien sûr, cela? grande amie. Mme Ronal riait aussi.
—Oui, bien sûr, puisque Hugaye nous attend. Et elle s'engouffra dans l'étroit escalier.
Des cris d'enfant résonnaient, dominant un bruit d'assiettes remuées. Bruyamment, quelque casserole tomba, avec un son de ferraille. Puis des voix s'élevèrent sur un ton de querelle. Un homme chantait d'un accent qui trahissait l'ivresse et il s'interrompait pour crier des injures à une femme—la ménagère sans doute,—qui s'irritait contre lui, le diapason aigu.