Simplement, Mme Ronal dit:
—Quand on a été très éprouvée, on devient incapable de vivre uniquement en soi et pour soi. Le seul vrai viatique, c'est de s'oublier... Mais quelle idée de parler de ces choses, un soir où nous sommes pressées!... C'est absurde!... Tu es prête? ma petite.
—Mais oui, Élisabeth. Est-ce que vous ne me trouvez pas suffisamment belle?
Mme Ronal la regarda. Elle portait une robe tout unie de souple crêpe de Chine, d'un chaud coloris de violette. Une guipure rousse ourlait l'échancrure carrée du corsage qui dégageait le cou sous le nœud lâche des cheveux.
—C'est un peu sombre, peut-être, pour tous ces braves gens... Cette robe les flattera moins... Tu aurais dû te mettre en blanc.
—Oh! Lise, il pleut!... Pour trotter dans les rues, ce serait si gênant d'être en blanc...
—Oui, c'est vrai, tu as raison... Moi-même, je ne suis guère élégante dans mon uniforme noir... Va vite mettre ton manteau. Veux-tu?
Claude obéit. Devant la glace étroite et haute qui surmontait la cheminée, elle se regarda, inspectant son image. Par Élisabeth, elle avait été élevée dans le sentiment que les humbles méritent autant d'égards que leurs frères fortunés. Et c'était pensant à eux seuls, qu'elle prit sur sa cheminée d'admirables roses thé que, le matin même, elle s'était offertes chez une luxueuse fleuriste des Champs-Élysées, insouciante de leur prix, puisqu'il s'agissait de goûter une impression de beauté. Elle les glissa dans sa ceinture, puis s'enveloppa dans le long manteau qui devait la protéger de la pluie pendant sa course pédestre, enroula une écharpe sur ses cheveux; et, sombre chrysalide, alla rejoindre Élisabeth qui l'attendait, parcourant une revue.
Elle sourit à la jeune fille:
—Tu as ton violon?