—Je ne sais pas quand vous consentirez à prendre soin de vous...

—Quand je serai devenue une personne fragile ou impotente... Et j'espère bien que ce temps n'est pas près de venir... car ce serait, pour moi, une mort anticipée.

—Élisabeth, vous aimez à ce point votre vie?

—Ah! oui, je l'aime, fit Mme Ronal avec une conviction forte, presque fervente.

—Vous ne la voudriez pas autre?... moins prise par tous ces pauvres auxquels suffirait bien une simple doctoresse qui n'aurait pas votre valeur? Vous n'étouffez pas dans le cercle étroit où vous vous enfermez volontairement?

—Étroit!... Claude, comment peux-tu dire cela!... Il est, au contraire, si vaste!

La jeune femme avait relevé la tête vers Claude debout; et ses yeux pensifs cherchèrent ceux de la jeune fille qui avait parlé, regardant loin devant elle, vers quelque invisible monde.

—Qu'est-ce que tu as, ce soir? Claude. Un ennui?... Une fatigue qui te fait voir en noir la bonne tâche à remplir?... Aussi bien que moi, pourtant... presque aussi bien, tu sais que cette tâche est la seule joie qui ne puisse m'être enlevée... Si je ne l'avais pas...—et si je ne t'avais pas, ma fille Claude...!—qu'est-ce que serait ma vie?

Claude, d'un élan rare chez elle, se courba vers la main d'Élisabeth, allongée sur la nappe, et y posa ses lèvres.

—Oh! vous ne seriez pas longue, grande amie, à découvrir quelque nouveau moyen de vous dépenser pour les autres!