—Ah! la belle demoiselle!
—Tiens, elle est coiffée comme un garçon!
—Mâtin! la jolie fille!
Une envie de rire lui montait aux lèvres. Mais elle resta cependant impassible, attendant que le pianiste eût fini de préluder. Ses yeux erraient sur la foule. Elle rencontra ceux de Lily et lui sourit; puis le regard vif et caressant de Raymond de Ryeux, hardiment posé sur elle...
Le pianiste plaquait son dernier accord. Elle leva son archet et le son chanta dans la salle.
Cette fois, le silence se fit absolu. A ces humbles pour qui elle était là, Claude voulait donner le meilleur de son jeu... Tout de suite, elle oublia qu'elle n'était pas seule. Comme toujours la musique l'envoûtait; et les notes frémissantes vibraient, jaillies de son âme même.
Et la même tempête d'applaudissements, qui avait acclamé les paroles de Mme Ronal, s'éleva de la foule subjuguée qui, impérative, criait, avec une spontanéité naïve:
—Bravo!... Bravo!... Encore!
Un bouquet de violettes, des oranges vinrent s'abattre aux pieds de Claude. Elle salua. Son visage s'éclairait d'un chaud sourire. Elle avait l'air d'une petite fille qui s'amuse. Ramassant le bouquet de violettes, elle le glissa dans sa ceinture, près des roses splendides dont la tête penchait un peu; et les applaudissements redoublèrent. Raymond de Ryeux, lui, n'applaudissait plus; mais ses yeux, qui ne la quittaient pas, parlaient si expressément qu'une sorte d'orgueil la fit tressaillir.
—Encore!... Encore! insistait la foule.