—Et vous, Sonia, êtes-vous une volonté, un cerveau ou une pauvre guenille de mon espèce?
—Moi?.... Moi, je suis la servante très pauvre, et très laide, de l'humaine souffrance. Je ne puis rien voir d'autre dans la vie...
Une clarté irradiait ses yeux clairs.
—Alors, vous ne ferez pas comme Lily?... Vous ne deviendrez pas l'associée?
—Je ne pense pas... A moins que je ne puisse ainsi mieux remplir ma tâche... Car, par-dessus tout, je l'aime. Je ne pourrais pas accepter de vivre dans un bonheur qui ne serait que pour moi... pendant que tant de mes frères souffrent, alors qu'il m'est possible de les soulager un peu...
—Sonia, vous n'avez pas l'illusion de croire que vous arriverez à supprimer la souffrance? Tous vos efforts seront une goutte d'eau dans l'océan...
Les larges traits de Sonia prenaient une beauté imprévue sous le mystique rayonnement de l'âme.
—Si chacun faisait comme moi, beaucoup de douleur, je vous assure, disparaîtrait du monde.
—Vous parlez comme Élisabeth! C'est que vous êtes des créatures d'exception. Il faut toujours... humblement!... en revenir là!... Élisabeth s'est dévouée ainsi parce qu'elle a souffert... Vous...
—Moi, Claude, quand j'étais une petite enfant, j'ai connu la misère, la maladie sans secours, l'isolement... Alors, j'ai pitié...