—Et vous pensez, Sonia, que cet idéal vous suffira toujours?

Sincère, elle inclina la tête, fervente en sa foi.

—Je suis sûre que oui... Il est si beau! Comment l'oublier, quand on l'a entrevu! Empêcher de souffrir!... Pouvez-vous concevoir une jouissance comparable à celle-là!

Il y eut un silence entre les trois jeunes filles. Elles avaient fini leur pauvre repas. Mais elles ne songeaient pas encore à partir, absorbées toutes par l'Idée. Et Claude demanda, respirant la senteur des violettes qu'elle venait de reprendre et approchait de son visage:

—Lily, que pensez-vous de tout cela?

—Je pense que chacun doit suivre son chemin tel qu'il le voit, en la sincérité de sa conscience. Je ne pourrais pas, moi, vivre comme Sonia, ni comme vous, Claude, dans le voisinage constant de la misère. Puisque je dois gagner ma vie, j'ai besoin que ce soit en cherchant la beauté, par l'art, avec le moins d'égoïsme possible.

Un cri jaillit de l'être de Claude:

—Oh! Lily, comme je vous comprends!

Sonia les regardait, inconsciemment dédaigneuse, un peu.

—La beauté, elle est aussi dans le bien que vous faites à une créature douloureuse.