Mais Claude, parce qu'il avait beaucoup de talent, était pleine de mansuétude à son égard,—comme pour tous les humbles d'ailleurs. Elle lui tendit la main amicalement et le présenta à Raymond de Ryeux, qui le recevait avec une politesse distante, inconsciemment irrité de l'accueil que lui faisait Claude. Jamais, lui, n'en avait reçu de pareil!
En revanche, il fut très empressé auprès de la chanteuse qui répondait en femme du monde,—qu'elle était d'ailleurs; car c'était seulement la ruine, après un veuvage imprévu, qui l'avait amenée à utiliser sa belle voix.
L'échange des propos fut brusquement arrêté. Mme de Ryeux entrait, la voix impatiente, tendant une main distraite à Claude et à la chanteuse, Mme Dancenay.
—Je viens seulement d'apprendre que Mlle Suzore était arrivée. Au lieu de tenir salon avec elle, ici, vous auriez pu, Raymond, me faire avertir.
Il ne se troubla pas et eut un geste d'indifférence.
—Ma chère, je pensais que vos domestiques étaient là pour le faire et je tenais compagnie à Mademoiselle en vous attendant. Puisque vous voici, je vous laisse avec ces dames et vais vous remplacer auprès de vos invités.
—Mais je retourne, moi aussi, tout de suite dans le salon. Mlle Suzore, nous étions convenus que vous commenceriez, si je ne me trompe? Êtes-vous prête?
—Toute à votre disposition, madame; dois-je aller maintenant dans le salon?...
—Si M. de Ryeux veut bien ne pas vous retenir davantage, je vous en serais très obligée, mademoiselle.
Il y avait dans sa voix de l'impatience et de la nervosité; entre les cils, ses yeux avides inspectaient la jeune fille. Évidemment l'aisance hautaine de Claude la désorientait et lui déplaisait, soulignée par l'amabilité empressée que lui témoignait la chanteuse qu'elle combla de paroles flatteuses, la célébrant, à l'avance, par d'enthousiastes éloges. Quand les deux femmes eurent fini de se congratuler, Mme de Ryeux revint à Claude qui attendait. Son mari avait quitté la pièce.