Elle, restée debout près du piano, accueillait les hommages, répondait, très correcte, sans presque sourire, quelquefois avec une simple inclinaison de tête; toujours avec cette aisance fière qui exaspérait Charlotte de Ryeux, et une indifférence polie de femme qui pense: «Tout ce que me disent ces inconnus ne me touche en rien. Leur opinion ne compte pas pour moi!»
Et brusquement, tout en répondant à des félicitations sur le jeu de l'artiste, comme si elle y eût été pour quelque chose, elle pensa impatiente:
—Cette petite m'agace, avec son air de princesse au milieu de sa cour... Bon! voici Lola qui va l'encenser à son tour! Cette Claude Suzore a le succès encombrant! Il faut que j'aille remettre les choses au point... Raymond doit être aussi dans la phalange des adorateurs.
Son regard perçant fouilla le groupe formé autour de Claude. Son mari n'en faisait pas partie. Où donc était-il? Le cherchant des yeux, elle l'aperçut à l'autre extrémité du salon qui causait avec Françoise de Gaube... Et parce qu'elle savait de quelle façon la chronique mondaine accolait leurs deux noms, elle eut un fugitif froncement des sourcils.
Puis, d'un geste insouciant, elle se détourna et se dirigea vers le piano.
Elle eut alors un sursaut:
—Comment, voilà Étienne qui, lui aussi, vient faire sa cour?... Elle est plus aimable avec lui qu'avec les autres. Ils ont l'air de se connaître. C'est un peu fort!
Lola bondissait vers elle.
—Tu sais, Lotte, je suis toquée de cette Claude! Comme elle joue chaud! Et quelle allure! Quelle tête originale!
—Une tête de modèle!... Voyons, Lola, ne t'emballe pas ainsi stupidement.