Brutalement, sur elle, s'abattait le besoin de reprendre sa liberté, de redevenir l'indépendante Claude qui n'agit qu'à sa guise et n'obéit qu'à elle-même.
Elle avait plus que rempli les exigences de son programme; elle était en droit de partir. Tout bas, elle murmura à son camarade qui, au piano, attendait, résigné, le bon plaisir de Mme de Ryeux.
—J'ai fini... Je file... Au revoir et merci.
Profitant de ce que Mme Dancenay, à son tour, occupait le public; que, parmi les groupes, conversations et flirts reprenaient avec une ardeur significative, elle se glissa vers la portière qui fermait l'entrée du petit salon, devenu «foyer des artistes».
Mais au seuil se tenait Raymond de Ryeux. Était-il là, ou non, pour suivre une volonté arrêtée?... Elle n'y pensa même pas. Autour d'eux, les femmes, très élégantes, et les beaux messieurs causaient, regardaient, se cherchaient, sous la généreuse clarté des ampoules voilées de fleurs, dans la chaude atmosphère saturée de parfums. Les domestiques apportaient les petites tables du goûter, coquettement dressées, les disposant dans le salon, dans la galerie, sous le regard des nymphes qui détachaient en pleine lumière leurs roses nudités.
Très courtois, Raymond de Ryeux interrogea:
—Vous cherchez quelque chose? mademoiselle.
—J'ai terminé mon programme. Je puis me retirer, je pense...
—Non, pas avant d'avoir goûté!... Voyez, les tables sont apportées. Il faut nous permettre de célébrer votre triomphe!
Elle secoua sa tête volontaire et jeta presque brusquement: