—Après tout, soit, comme vous vous voudrez. La chose ne vaut pas l'honneur d'une querelle... Maintenant, je devrais vous remercier... Mais les bienfaits que l'on subit...

—Dispensent de tout remerciement. Je suis de votre avis... Laissons donc de côté, voulez-vous, cette oiseuse question. La prochaine fois, je vous promets de vous demander la permission, avant de disposer de votre consentement. En ces conditions, vous me pardonnez et nous faisons la paix?... Je ne veux pas vous laisser partir fâchée un jour où je vous dois tant...

Elle ne répondit pas... S'il l'avait regardée, il eût été frappé de l'étrange expression qu'avaient ses yeux. Mais il ouvrait la porte devant elle. A travers le vaste vestibule, il la conduisit jusqu'au seuil même. Il interrogea:

—La voiture de Mlle Suzore est avancée?

—Oui, monsieur le comte.

—Alors, mademoiselle, je vous laisse, en vous présentant mes respectueux hommages.

Les yeux vifs l'enveloppaient toute et ils n'étaient certes pas aussi respectueux que les hommages, peut-être sans qu'il en eût conscience. Mais, en lui, grondait si follement le regret de ne pouvoir la saisir et l'emporter comme une proie précieuse!...

Devant le perron, le valet de pied tenait la portière ouverte. Raymond de Ryeux alors s'inclina une dernière fois; elle eut un signe de tête. Dans l'ombre, ses yeux avaient la même expression—ardente et mystérieuse...

Puis la voiture s'ébranla, s'enfonçant dans la nuit...

Aussitôt, elle eut un soupir d'allégement, comme si un poids tombait à terre qui, trop longtemps, s'était appesanti sur ses épaules. Elle se retrouvait seule enfin! «Enfin!» ses lèvres frémissantes articulèrent le mot... Une seconde, elle ferma les yeux comme si elle eût voulu ainsi se reprendre mieux; regarder en elle où elle entendait bourdonner le sourd tumulte de ses pensées et de ses impressions...