—Mieux vaudrait peut-être téléphoner tout de même... Ah! tu vas à Jobourg? Tu auras le temps, en ne partant qu'après le déjeuner?...
—Avec l'auto?... Ce n'est rien, ma mère. Vous connaissez Jobourg? mademoiselle.
De nouveau, il se tournait vers Claude qui s'apprêtait à partir—comme s'il eût voulu la retenir.
—Non, c'est trop loin, même pour une bonne marcheuse de mon espèce, et je n'avais pas de bicyclette à ma disposition.
Paisible et bonne, Mme de Ryeux intervint:
—C'est vrai, cette petite n'a eu guère les occasions et le moyen de visiter le pays. Sais-tu, Raymond, tu devrais l'emmener!... Je suis sûre que ça l'enchanterait.
M. de Ryeux et Claude échangèrent un coup d'œil stupéfait, devant l'imprévu de la proposition. Un éclair avait lui, une seconde, dans les yeux de Claude, mais s'éteignit aussitôt. S'il s'était agi d'une course sous la conduite d'un simple chauffeur de profession, elle eût accepté tout de suite!... Et avec quel délice!... Mais ce qui lui était offert, c'était une promenade, en tête à tête avec un conducteur homme du monde en l'honneur duquel, poliment, elle devrait faire des frais, causer.. Or, Claude était bien trop indépendante pour se résigner à une contrainte de ce genre afin d'acheter un plaisir,—qui, d'ailleurs, en ces conditions, eût cessé d'être un plaisir... Aussi, elle demeura silencieuse tandis que M. de Ryeux, qui ne semblait avoir aucune appréhension analogue à la sienne, répliquait alertement, revenu de la première surprise:
—Mais très volontiers, j'emmènerai Mademoiselle, si elle veut bien se confier à moi!... Cela m'amuserait beaucoup aussi, pour ma part.
Claude sentait la tentation se réveiller. Mais, se raidissant contre l'obscur désir, elle dit un peu railleuse:
—Vous vous illusionnez! monsieur. Je ne suis pas du tout une agréable compagne de promenade... Je ne parle pas quand je m'amuse!