—Et cela vous amuserait, ce petit tour en auto?

Avec une franchise indifférente, elle confessa:

—Oui, puisque vous allez d'une allure folle, et que je sais, superbe, la pointe de Jobourg!

Il sourit. Une petite flamme courte luisait dans ses yeux.

—Alors tout est bien... Mademoiselle, je vous enlève, comme ma mère m'y engage. Moi non plus, je ne parle pas quand je suis dans mon personnage de chauffeur. Donc, nos deux silences s'accommoderont fort bien de leur voisinage... Et la promenade est décidée, puisque ma mère en a eu la bonne idée!

A ce soin qu'il avait de faire intervenir la vieille marquise, Claude devina qu'il redoutait chez elle quelque scrupule de convenance; une hésitation à s'en aller ainsi, seule, avec un inconnu, encore que cet inconnu dût lui paraître presque un «monsieur d'âge». Elle avait dix-huit ans et lui, devait frôler la quarantaine. Évidemment, il ne pouvait savoir qu'elle avait toute la liberté d'action d'une fille habituée à ne compter que sur sa propre protection. Du moment qu'elle ne serait pas astreinte à l'obligation de causer, elle se réjouissait comme une gamine de cette aubaine inouïe et elle consentait.

Mais c'est à Mme de Ryeux, que, soudain, les scrupules venaient. Hésitante, elle commençait:

—Vous ne pensez pas, ma petite fille, que Mme Ronal trouverait peu convenable une promenade en ces conditions?

Claude se mit à rire:

—Oh! madame, Élisabeth est incapable d'avoir une pareille idée... Elle me laisse toujours libre d'aller où, et avec qui, je juge pouvoir le faire.